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Travestisme

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( texte proposé par Julie Desfois )
Travestisme

Nous vous conseillons la lecture de ce texte tout à fait intéressant surtout lorsque l'on voit qu'il date de 1931. Jacqueline, une amie, a trouvé ce livre dans le grenier de la maison familiale. Comme le dit Jacqueline, " En effet, je crois que pour l'époque il fait preuve d'une objectivité et d'une tolérance qui ne semblaient pas avoir cours dans ces années là."

Extrait de l'ouvrage intitulé "Perversions Sexuelles" paru en 1931 et écrit d'après les enseignements du Professeur Magnus HIRSCHFELD (Expert Officiel de Tribunaux et Directeur de l'Institut de la Science Sexuelle), par son premier assistant le Docteur Félix ABRAHAM et traduit par le Docteur Pierre VACHET (Professeur à l'Ecole de Psychologie à Paris)


Les types de nature sexuelle intermédiaire qui sont les plus difficiles à comprendre et - on peut le dire - aussi les plus difficiles à traiter, sont ceux dont la disposition a été résumée dans la notion de travestisrne. Pour donner une définition de ce type anormal, nous pouvons dire qu'il s'agit de personnes qui affichent par leur aspect extérieur un autre sexe que le leur. Il serait erroné (nous tenons à le dire dès le début) de croire que cet étalage soit en réalité une tromperie et s'épuise dans un déguisement vestimentaire. Nous avons au contraire affaire à une transformation de toute la personne, se manifestant, il est vrai, de façon prépondérante dans l'habillement, mais dont l'essence doit être cherchée beaucoup plus loin dans toute la vie sentimentale. De même que l'aspect extérieur, celle-ci s'est transposée dans une forme propre à l'autre sexe. Pour cette raison on a cherché, non seulement dans les milieux scientifiques, mais avant tout, chez les travestis eux-mêmes, une autre dénomination. Le terme travestisme ne se rapportant qu'à une forme apparente et non à l'essence même du phénomène. Cette critique est acceptée par Hirschfeld lui-même qui a créé l'expression et pour la première fois, en 1910, a consacré à ce type d'hommes un exposé d'une certaine importance. Le titre de cette oeuvre est " Les travestis. Recherche sur l'instinct du travestissement sexuel, avec documents importants d'ordre historique et clinique " (Edit. Alfred Pulvermacher et Cie, Berlin, 2ème édition 1925, chez Ferdinand Spohr, Leipzig). Bien qu'on ait cherché de nouvelles formules, le nom s'est maintenu jusqu'à ce jour, tel qu'Hirschfeld l'a d'abord créé. Récemment a paru de l'Anglais Havelock Ellis, spécialiste connu de recherches sexuelles, un livre qui traite ce sujet et porte le titre "Eonisme". Cette expression a été créée d'après le représentant historique le plus fameux du travestiste, le chevalier d'Eon.

Nous voyons déjà dans sa biographie une particularité d'extrême importance dont nous aurons encore à parler plus loin, à savoir que la sexualité des travestis peut-être de nature absolument normale et ne doit pas forcément prendre la direction homosexuelle comme on le croyait autrefois. La tendance travestisme n'est pas acquise au cours de la vie comme on le croit souvent, mais elle est innée à l'homme et devient simplement plus forte d'année en année ou plutôt de décade en décade. De même qu'en ce qui concerne l'homosexualité un événement fait ressortir la tendance latente, de même un événement purement superficiel peut donner lieu à l'éclosion de la tendance travestisme.

Le travestisme n'est pas davantage propre à certains milieux; on a cru que c'était la grande ville qui offrait aux travestis un terrain propice et de plus que le travestisme affectait de façon prépondérante les classes aisées. Les deux hypothèses sont fausses. Les nombreux travestis que j'ai vus au cours des années se répartissent sur toutes les couches de la population et même dans toutes les nations à la fois. La situation unique de l'Institut des Sciences sexuelles qui est le seul institut de ce genre dans tout l'univers, veut que tous les hommes ayant ces penchants viennent chez nous de tous les points du monde. Nous sommes donc en mesure de nous faire une idée de l'internationalité de ce penchant. Sa précocité ne peut être mieux illustrée que par le cas suivant qui présente un exemple particulièrement probant parce qu'il manifeste la tendance au travestisme depuis son origine jusqu'à ses dernières conséquences.

Rudolf (Dora R.), 40 ans. Différentes professions simples; en dernier lieu, employé de cuisine dans un grand restaurant de Berlin. Le malade est né dans l'Erzgebirge (Saxe) de parents sains ayant encore plusieurs enfants qui sont également tous parfaitement sains de corps et d'esprit, si du moins les indications de R. sont exactes. Jusqu'à la 6 ème année, R. ne pouvait, d'aucune façon, être distingué des autres enfants. Il eut ses maladies d'enfant, fut docile et facile à éduquer. L'enfant se faisait uniquement remarquer par son calme et sa réserve, il jouait seul et n'importunait jamais ni les adultes ni ses camarades de jeux. Ce n'est que lorsque les parents voulurent remplacer le costume de fille, habituel aux enfants de bas-âge par un habit de garçon, que l'enfant devint récalcitrant et s'opposa de toutes ses forces au changement de son habillement. Il voulait continuer à porter la robe; nonobstant les parents obtinrent que le garçon, de formation physique absolument masculine, mit un pantalon. A la 6ème année, se manifesta la première conduite bizarre du garçon il essaya de ligaturer son membre avec une ficelle. Comme il le disait, il estimait superflu son organe sexuel et voulait s'en débarrasser de cette façon. On s'en aperçut encore assez tôt pour lui éviter des conséquences plus graves comme des suppurations et des infections de nécrose.

Cependant, au cours des années suivantes il devenait toujours plus manifeste que le garçon prenait de plus en plus les façons d'une fillette. Secrètement il mettait les vêtements de ses sœurs et rien ne lui faisait plus de plaisir que de se promener dans cet accoutrement. Extérieurement il ne se distinguait en rien des camarades de sa classe sociale. Il termina bien ses études et disposait de bonnes connaissances moyennes. Dans sa profession où il débuta à l'âge de 14 ans, il était habile, bien vu, et en public, il avait une conduite absolument réglée. Son développement sexuel était normal. Mais bientôt il devint manifeste que ses penchants étaient de nature homosexuelle. Sa manie de se travestir et d'apparaître en femme s'accentuait au cours des années. Il s'ensuivit qu'il quitta son pays natal et qu'il s'établit dans la grande ville pour pouvoir donner libre cours à ses penchants. Là il parvint à mener une vie de femme à partir de l'âge d'environ 26-27 ans. Comme c'est fréquemment le cas chez les travestis, peu à peu, cette assimilation extérieure au sexe féminin ne lui suffisait plus et il n'avait que le désir de transformer également son corps dans ce sens. Il fut aidé par sa constitution primitive, de type androgyne, c'est-à-dire que chez lui, les seins, le bassin et les fesses ainsi que les bras et les jambes présentaient des formes absolument féminines. Ce développement du corps était survenu pendant et après la puberté. Il fit le premier pas dans le sens d'une féminisation de son sexe en se soumettant en 1921, à une castration. Son instinct sexuel en fut affaibli, mais la tendance homosexuelle ainsi que le sentiment en lui-même restèrent semblables. Ce progrès pourtant ne lui suffisait pas encore et il cherchait à obtenir une féminisation encore plus forte par une modification plus accentuée de ses parties sexuelles. En 1930, enfin, on effectua chez lui l'intervention qu'il avait essayé lui-même à l'âge de 6 ans, à savoir l'ablation du pénis et 6 mois plus tard l'intervention fut complétée par la greffe d'un vagin artificiel. La marche de l'opération est visible par les illustrations jointes. Nous dirons seulement que ce vagin parvient à se situer entre la place primitive des bourses et l'anus et atteint le péritoine à une profondeur de 11 à 12 centimètres.

Nous voyons donc dans ce cas comment un penchant se manifeste dès l'âge de 6 ans, se maintient pendant toute la vie sans que rien puisse mettre obstacle à son développement et à son intensité; au contraire il devient toujours plus fort et entraîne des conséquences toujours plus vastes. Nulle part ailleurs que chez les travestis, la réalisation est poursuivie aussi intensément et aussi inlassablement jusqu'au succès définitif.

L'exemple féminin correspondant, nous est présenté par le cas Gertrud (Gert) B. âgée de 25 ans., Cette malade qui est venue me consulter est étudiante. Elle est, également, issue d'une famille parfaitement saine et a des frères et sœurs qui, d'après ses dires, sont parfaitement bien portants au point de vue physique et psychique. Tandis que dans le cas précédent, nous avons constaté que R. se distinguait par sa réserve et sa timidité, nous rencontrons ici juste le contraire :une jeune fille, sauvage exubérante, qui donnait fort à faire à ses parents et à son entourage, un véritable garçon manqué comme on dit familièrement. Ses allures garçonnières devinrent peu à peu, de plus en plus accentuées. Avant et pendant la puberté, elle traversa un véritable âge ingrat, où elle grimpait aux arbres, et ne jouait absolument qu'avec des garçons, de leurs jeux puérils. Elle ne voulait rien savoir des travaux et des jeux féminins. Cette malade, également, mettait secrètement des habits de garçon, se trouvant avec eux beaucoup plus à son aise que dans son costume féminin. La sexualité qui, d'après les apparences extérieures, se développa normalement, manifesta également ici une tendance homosexuelle, mais il faut dire - nous l'avons d'ailleurs déjà dit - que le travestisme et l'homosexualité ne sont pas obligatoirement réunis, puisque les dispositions normales s'y rencontrent avec le même degré de fréquence. C'est un pur hasard que dans les deux cas envisagés, nous ayons affaire à un penchant homosexuel. Dans ce cas également la tendance du travestime eut pour conséquence que la "malade" se sépara de ses parents pour vivre avec une amie tout à fait à la manière d'un homme. Elle vit maintenant tout à fait dans son costume masculin; elle s'efforce de faire reconnaître la masculinité de son sexe et d'obtenir le droit de porter un nom masculin. Dans ce cas également, le corps a été modifié, d'abord par l'ablation chirurgicale des seins, puis par celle des ovaires et par greffe de testicules. A part naturellement la forme nouvelle de la poitrine, la transformation par la deuxième opération ne fut pas aussi grande que dans le cas précédent, toutefois la cessation des périodes signifie déjà pour la malade un gain très important qui ne doit pas être sous-estimé au point de vue psychologique. Elle vit maintenant avec son amie, tout à fait comme un homme, elle ne peut nullement être distinguée de ces compagnons masculins, marche à grandes enjambées masculines, parle d'une voix grave, est d'un caractère rude et dur et porte dans toute sa personnalité absolument l'empreinte masculine. Ici aussi nous trouvons la naissance précoce et inconsciente du penchant travestiste qui se continue pendant les années suivantes et se développe de plus en plus jusqu'à ce qu'enfin la nature superficielle devienne insupportable et que la véritable nature l'emporte.

Le schéma des degrés intermédiaires que j'ai donné plus haut, comprend le travestisme comme un grand groupe à part; de fait c'est un sous-groupe qu'il convient, comme nous l'avons vu, de classer parmi les aberrations intermédiaires d'ordre moral. Dans son récent ouvrage " Geschlechtslcunde " Hirschfeld distingue 10 groupes typiques de travestis que je voudrais citer ici dans leur intégralité. Pourtant je dois mentionner que ces groupes peuvent être significatifs pour le médecin expérimenté et ressortent d'une connaissance et d'une interprétation approfondie de cas particuliers, mais qu'ils ne se révèlent pas aussi directement à l'observateur non spécialisé que dans l'énumération suivante.

1° Travestis totaux (complets). ils ont un penchant à se vêtir et à se conduire de la tête aux pieds, comme l'autre sexe. (Ceux du sexe masculin, des cheveux longs jusqu'aux talons hauts, ceux du sexe féminin, des cheveux courts jusqu'aux talons plats et les deux, du manteau jusqu'aux moindres détails des dessous).

2° Travestis extrêmes. Ces formes les plus accentuées du travestisme total se trouvent chez ceux qui voudraient modifier, non seulement leur habit artificiel, mais aussi leur habit naturel, l'épiderme de leur corps. A un degré relativement faible, ce penchant s'étend au système pileux; nous voyons des hommes que le fait de se raser tous les jours, incommode moralement au point qu'ils essaient tout pour être débarrassés par l'épilation. Ils ont leur pendant dans les femmes qui utilisent toutes sortes de remèdes destinés à faire pousser sinon la barbe, du moins un duvet. Dans le service de radiologie, de notre Institut des Sciences sexuelles, on rencontre fréquemment, depuis sa création, de ces hommes enragés à s'épiler. Des degrés encore plus marqués de ce travestisme sont atteints par les personnes, dont nous avons déjà parlé, qui donnent à leurs seins des formes féminines en les agrandissant ou qui, au contraire en méditent ou en font effectivement faire l'ablation. Nous observons le degré le plus élevé de ces manies de travestisme corporel chez ceux qui désirent obtenir une transformation complète de leurs organes génitaux, qui veulent donc avant tout, avoir un sexe qui corresponde à leur mentalité. En premier lieu, il faut mentionner chez les femmes travestistes, la suppression de la menstruation par l'ablation des ovaires; chez les hommes la castration. Ces cas sont beaucoup plus fréquents qu'on ne le soupçonnait autrefois.

3° Travestisme partiel. Ici, on se contente, dans une mesure très variable, de parties du vêtement de l'autre sexe, il y a des hommes qui sont déjà satisfaits quand ils portent de longs bas féminins, d'autres du linge féminin, etc... (il y a lieu de noter qu'il s'agit ici d'objets neufs achetés par eux, ce qui les distingue essentiellement des fétichistes). Il y a quelque temps, j'eus la visite d'un universitaire scandinave de bonne instruction qui tenait uniquement à porter une jupe féminine avec un veston masculin; à la maison, il portait ordinairement avec son vêtement masculin le " kilt " (la jupe courte du costume national écossais).

4° Travestis de nom. Ce sont ceux qui tiennent surtout à porter un prénom de l'autre sexe (type " George Sand "). Cette forme est rarement isolée mais très fréquemment en connexion avec d'autres femmes du travestisme.

5° Travestis constants. Ils sont portés à prendre d'une façon constante l'aspect extérieur de l'autre sexe; les hommes de cette espèce s'opposent déjà, comme garçonnets, au premier pantalon, tandis que les femmes veulent " porter la culotte " à un âge précoce. Cela dure d'une façon uniforme jusqu'à la mort. Il y a beaucoup de travestis aussi bien masculins que féminins dont le véritable sexe ne fut découvert qu'après leur décès, à la grande stupéfaction de leur entourage.

6° Travestis périodiques. Chez eux, le penchant à avoir l'aspect et la réputation de l'autre sexe alterne avec l'indifférence et même le mépris de ce dernier. J'en connus plusieurs, qui à différentes reprises, étaient saisis d'une telle aversion contre leur travestisme, qu'un jour ils jetaient au feu, les perruques, costumes, chaussures... bref, tout ce qui leur rappelait leur féminité et qu'ils avaient achetés très chers, pour acquérir de nouveau le tout au bout d'un certain temps. Cette lutte intérieure du travesti périodique se trouve très clairement décrite par Hanns Heinz Ewers dans " l'histoire du baron Joseph Maria de Friedel " (dans le livre " Les Possédés ") qui, d'une façon générale, traite avec une grande maîtrise, des états psychiques des travestis.

7° Travestis narcissistes. Ceux là trouvent leur pleine satisfaction à prendre la forme de l'autre sexe; leur propre image sous les apparences de l'autre sexe (par exemple, dans la glace) déclenche en eux des sentiments de plaisir ayant un caractère érotique plus ou moins conscient. Ce qui est en eux masculin aime ce qui est en eux féminin et réciproquement.

8' Travestis métatropiques, groupe assez étendu; ceux-là ressentent un penchant vers des femmes qui ont en elles (souvent aussi dans leur aspect extérieur) beaucoup d'éléments masculins et aiment ce qu'il y a en eux de féminin. Ils trouvent donc leur complément naturel dans les femmes métatropiques. Celle-ci sont souvent en même temps des travesties. Ainsi George Sand qui, non seulement portait un nom masculin, mais aussi des vêtements masculins, n'aimait pas du tout les femmes. Elle quitta, au contraire, le poète efféminé, Alfred de Musset pour le préférer au musicien encore plus efféminé Frédéric Chopin. Dans les milieux d'artistes, ces types de relations métatropiques sont particulièrement répandus pour la raison que l'essence propre des artistes (parmi lesquels il faut également compter beaucoup de personnes s'occupant de sciences) dans son mélange de réceptivité et de productivité, s'apparente étroitement à celle du type androgyne (homme-femme et femme-homme). Les cheveux, cravate et vêtements flottants, qu'on rencontre si souvent chez l'artiste, la préférence inverse pour les cheveux courts, les cols hauts et les costumes collants qu'on trouve fréquemment chez les femmes s'adonnant aux arts ou aux sciences, ne sont dus ni au hasard, ni à la fantaisie, mais tiennent au type sexuel de l'artiste.

9° Travestis bisexuels. Conformément à leur propre dualité ils trouvent dans les deux sexes les types qui leur plaisent, mais le plus souvent, plutôt dans l'un que dans l'autre sexe.

10° Travestis homosexuels. L'instinct sexuel qui chez eux s'exprime par l'aspect extérieur prend la forme d'un penchant vers des individus masculins. Un bon exemple me fut offert par "Paradéda " que je connaissais personnellement très bien et dont le sort fit, à la veille de la guerre, le tour de la presse sous le sobriquet "la fiancée masculine ". C'était un Brésilien qui s'était épris à Paris, d'un professeur allemand et s'était fiancé avec lui qui ne connaissait pas son sexe; "elle" le suivit à Breslau où "elle" s'empoisonna quand un médecin légiste vint à la pension aux fins d'un examen. Son hôtesse, frappée par différentes choses (par exemple le fait de se raser tous les jours) l'avait dénoncé à la police, l'ayant pris pour un criminel (espion) travesti.

Quoique parmi les personnes travesties il s'en trouve un certain nombre dont les allures excentriques font naître l'idée qu'un trouble mental est la cause de leur penchant, nous ne pouvons néanmoins généraliser ces cas particuliers et épouser encore aujourd'hui l'opinion du fameux psychiatre C. Westphal qui était d'avis que le travestisme est une sorte de trouble mental périodique. Il étaya cette théorie par un cas publié par lui en 1870 (Archives pour la psychiatrie 1870. Tome Il) et mentionné également dans la " psychopathia sexualis " de Krafft-Ebing. Il se peut que son opinion soit motivée par ce cas, mais la généralisation est certainement une grande erreur. Le terme " sentiment sexuel contraire " qu'il employait alors est aujourd'hui utilisé pour tout un autre domaine, celui de l'homosexualité.

On saisit mieux la personnalité du travesti, ses sentiments et ses pensées, en se faisant une idée de ses désirs personnels tels que je les entends, je peux bien dire, tous les jours, dans mes consultations. Ce qu'ils demandent en première ligne et de la façon la plus pressante est bien entendu l'autorisation de porter le vêtement qui leur convient, pour l'homme le costume féminin, pour la femme le costume masculin. Très fréquemment, le travestissement a été fait en secret de longues années auparavant; le soir après le travail, dans le calme de l'appartement, on met le costume et on se promène pendant des heures. Dans beaucoup de cas, on fait aussi des travaux correspondant au sexe désiré. Le travesti masculin fait des travaux ménagers il nettoie l'appartement, il fait la cuisine, il coud ce dont il a besoin, il ravaude du linge ou même confectionne des vêtements pour ses travestissements; il fait en outre des travaux d'aiguille, des broderies de napperons, confections de coussins et autres ouvrages de dames. Autrement agira le travesti féminin il mène la vie qu'il imagine être celle de l'homme. Le soir, il fait bonne chère, organise en compagnie de ses semblables des soirées où l'on boit sec et où l'on fume beaucoup de cigares et mêmes des pipes. Le travesti masculin ne considère pas le travail dans le ménage comme un véritable travail. Il vît absolument selon la personnalité désirée et pour lui, le travail devient du plaisir dans le véritable sens du mot. C'est pourquoi le travesti, quand son penchant est en quelque sorte admis, remplit admirablement son rôle de ménagère, il est vrai que souvent il n'aime pas travailler en secret, mais qu'il veut être vu pour montrer ce qu'il sait faire dans cet ordre d'idées. Il y a même des cas où cette tendance à se faire remarquer devient exagérée. Dans notre Institut nous avons fréquemment des travestis comme employés de maison; certains d'entre eux n'exécutent pas tous les travaux rentrant dans le cadre de leurs fonctions, mais seulement ceux qui leur conviennent et qui correspondent à leur penchant. Néanmoins on peut dire que d'une façon générale le travesti féminin est un bon ouvrier. Un cas d'activité exceptionnelle est le suivant :

Lorsque, après avoir tenu son travestissement secret pendant quelques années, le sujet a trouvé le courage de descendre par hasard, dans la rue, de préférence le soir, dans l'obscurité, peu à peu s'accroît en lui le désir de porter ce vêtement d'une façon constante au lieu de procéder à un travestissement occasionnel. On peut aussi fréquemment observer que le travesti, dans l'impossibilité de vivre selon son penchant use du subterfuge qui consiste à porter sous les vêtements de son propre sexe, les dessous de l'autre sexe. Il n'est pas rare de voir des hommes porter des dessous féminins, voire un corset ou un soutien-gorge qui ne font pas proprement partie des vêtements, mais paraissent néanmoins absolument nécessaires à leur sentiment. Un cas de malades qui n'osent pas se montrer dans la rue dans leur travestissement est le suivant, que j'ai déjà mentionné dans le chapitre de l'infantilisme. A mes consultations, je vois apparaître un homme de 32 ans, paraissant, extérieurement habillé d'une façon absolument normale. Il est vêtu d'un manteau, d'un pantalon et d'une casquette et demande d'une façon niaise une attestation lui permettant de pouvoir constamment vivre en femme; comme j'objecte que je dois le voir dans ses vêtements féminins, il ouvre promptement son manteau, enlève son pantalon et se présente à mes yeux étonnés en vêtements complètement féminins.

Il s'agit ici également d'un des cas où extérieurement l'aspect masculin est conservé mais cache un vêtement féminin. Une description détaillée de ce cas se trouve au chapitre de l'infantilisme. Jamais ou du moins très rarement le port d'un vêtement féminin ne prend des proportions aussi extrêmes. Pourtant ce cas prouve combien est fort chez ces personnes l'instinct de porter le vêtement féminin, au point qu'elles tentent de le satisfaire de toutes les manières possibles. Ce qui est en outre très intéressant et remarquable dans le cas présent, c'est qu'il s'agit d'un illettré, pour ainsi dire intégral, ne sachant lire et écrire que quelques mots, qui n'a donc certainement puisé son travestisme dans un ouvrage profond quelconque, mais seulement dans son for intérieur.

On remarque constamment que cette manie ne diminue pas avec les années mais au contraire s'accroît à ce point que peu à peu elle ne peut plus être supprimée et tend impérieusement a s'extérioriser. C'est ce qui illustre le cas suivant :

A. Z., âgé de 62 ans, cordonnier de profession, mais actuellement sans occupation. Z., marié depuis 35 ans, a deux filles adultes dont l'une est mariée et l'autre travaille. Déjà avant son mariage, Z connaissait son penchant travestiste mais il croyait - opinion très fréquente - pouvoir être "guéri" par le mariage. Cet espoir était, bien entendu, illusoire et ce qui plus est, l'instinct, avec les années, devenait toujours plus fort. Tandis qu'au début, il ne se travestissait qu'à l'occasion, il voulut par la suite vivre complètement en femme et être reconnu comme telle. Sa femme ne montrait aucune compréhension, ni indulgence pour ce penchant et elle coupait court à toutes tentatives d'explications en disant " Je n'ai pas épousé une femme, mais un homme ". La manie devenait si forte qu'il décida de se séparer de sa femme et de divorcer malgré 35 ans de mariage pour pouvoir complètement s'adonner à ce penchant qui le dominait si impérieusement.

Ce cas, aussi extrême qu'il puisse paraître, n'est pas rare, car c'est un fait que le travesti préfère abandonner tout, sauf sa passion. Il n'y a pas seulement des mariages qui se désunissent, mais j'ai déjà vu des hommes abandonner les meilleures et les plus hautes situations pour pouvoir continuer à vivre leur vie à leur guise; ce qu'il y a de plus frappant dans le cas A. Z., est encore l'égoïsme illimité qui est au fond de tout travesti et qui lui fait oublier tout ce qui l'entoure.

Quand on commençait à s'occuper du phénomène du travestisme, on était d'avis qu'une personne se sentant femme ou homme d'une façon aussi extrême doit également avoir des dispositions contraires dans son instinct sexuel, c'est-à-dire que ses sentiments n'étaient pas normaux mais attirés vers le même sexe. Pourtant, avec le temps, on devait se persuader, à l'appui d'une documentation abondante, qu'il n'en est absolument rien et que le fait du travestisme n'indique aucunement le genre de l'instinct sexuel de l'intéressé. On peut en conclure que le travestisme est en effet un phénomène indépendant ne pouvant être mis en connexion avec une autre anormalité. Nous trouvons donc parmi les travestis autant de personnes à sexualité normale que de personnes homosexuelles, à la seule exception que le nombre de travestis féminins homosexuels - du moins d'après mon expérience - est plus grand que le nombre de travestis masculins homosexuels. Parmi les travestis masculins, nous trouvons un grand nombre de gens mariés ayant des enfants et menant une vie de famille très heureuse à condition que la femme montre de la compréhension pour la disposition de son mari. Malheureusement dans beaucoup de mariages, il n'en est pas ainsi, et plus d'un travesti, ayant avec beaucoup de raisons confessé son penchant à sa femme avant le mariage, doit constater que la compréhension après le mariage, n'est pas celle qu'il espérait auparavant. C'est d'ailleurs un problème difficile que de savoir si on doit conseiller ou non un mariage à un travesti. Nous savons - je l'ai déjà dit - que le penchant augmente d'année en année et, partant, met la femme en face d'énigmes toujours croissantes. Plus encore que dans d'autres cas il faut tenir compte ici de ce qu'Hirschfeld dit sur l'éducation sexuelle avant je mariage.

Une chose plus importante pour une union heureuse, que la plupart des documents de mariages, est la connaissance aussi exacte que possible de la personnalité du "futur". Elle doit s'étendre avant tout sur les lacunes de la vie antérieure et les défauts constitutionnels de chaque personne. Quand ceux-ci sont passés sous silence, il se peut bien que, plus tard, le mariage soit contesté et déclaré nul. Mais indépendamment de cette possibilité, la connaissance de la véritable nature du mari et de la femme est nécessaire, déjà pour éviter ultérieurement des surprises désagréables ayant assez fréquemment comme conséquences la ruine morale et matérielle du mariage. De préférence les éclaircissements réciproques doivent être donnés par les candidats au mariage, déjà avant les fiançailles. Mais même au temps des fiançailles, la possibilité existe toujours de réparer ce qui a été omis. Lorsqu'à la suite de ces entretiens, les fiançailles sont rompues, les inconvénients pécuniaires minimes et les conséquences sociales (malheureusement les hommes, même dans leurs affaires les plus personnelles, tiennent encore beaucoup trop compte du "qu'en dira-t-on") sont insignifiants comparés aux désagréments et difficultés qui surviennent dans la vie conjugale, lorsque auparavant des choses importantes ont été passées sous silence. Cela est surtout vrai pour des bizarreries sexuelles, y compris celles qui en elles-mêmes ne rendent pas forcément impossible le bonheur conjugal comme par exemple des penchants fétichistes ou des aversions antifétichistes dont souvent les femmes tiennent compte par amour de leur mari et les maris par amour de leur femme, lorsqu'ils comprennent bien leur signification et leur effet aphrodisiaque. J'ai pu constater chez beaucoup de travestis que, la fiancée ayant été préalablement informée du penchant au travestissement et de la constitution féminine étendue de l'homme, le mariage se développait d'une façon très harmonieuse, par contre on pouvait voir le contraire quand le besoin de travestissement très difficilement compréhensible était porté à la connaissance de l'autre partie après le mariage. Mais même, si tout est clair en ce qui concerne la personne, il y a lieu de conseiller la conclusion d'un contrat de mariage tant que notre droit matrimonial continue à être caractérisé par la suprématie de l'homme.

Ce qui est plus nécessaire encore que les éclaircissements réciproques, ce sont les conseils donnés par le médecin qui connaît la matière et est à même de décider si deux partenaires peuvent s'unir ou non. Ce n'est pas ici le lieu de traiter plus explicitement cette consultation matrimoniale, je ne la mentionne que pour être complet.

Il est également intéressant de savoir sous quel angle le travesti envisage sa personnalité sexuelle. De même qu'autrefois on estimait naturel que le travesti masculin fût homosexuel, de même l'homme vivant en femme trouve lui-même naturel, au cas où il est homosexuel, qu'il aime l'homme : n'est-il pas femme? Et pour la femme, il n'y a normalement que l'homme comme partenaire. Au contraire il ne se prend pas pour un homme homosexuel, mais pour une femme de sexualité absolument normale et inversement le travesti masculin à sexualité normale ne se prend pas pour un homme normal, mais pour une femme lesbienne, car n'aime-t-il pas la femme en femme. Tout ce que nous venons de dire des travestis masculins est également valable pour la femme masculine qui en conséquence, au cas où elle est homosexuelle, se considère comme un homme à sexualité normale. De là ressortent avec une évidence absolue, la logique des travestis dans leurs sentiments et leurs pensées et les racines profondes que leur penchant a poussé dans leur for intérieur.

Un travesti féminin peut donc faire un effet masculin dans son costume féminin. Le pendant arrive également chez les travestis masculins; pourtant nous observons ici fréquemment que ces hommes ont l'aspect très féminin dans leur costume masculin, par contre dans leur costume féminin, ils font un effet très masculin; il reste toujours pour ainsi dire un compromis et l'état de degré intermédiaire peut, dans la plupart des cas, être reconnu, il est vrai, seulement par homme du métier et bon observateur. Il y a des signes qui trahissent chez l'homme, ce sont souvent les mains, les jambes et les pieds exagérément développés; dans le visage, la barbe; à la gorge, la pomme d'Adam et d'autres signes qui, d'ailleurs d'une façon générale, présentent un contraste flagrant avec les caractères féminins. Chez la femme, c'est avant tout le bassin qui est trop large, l'absence de la barbe et d'une façon générale la douceur de la physionomie. Mais il y a aussi des types qui ne se font aucunement remarquer.



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